lundi 1 septembre 2008

Un petit jeu qui dérape


Elle nous avait prévenue pourtant.

"J'ai un super jeu à vous proposer, mais attention, on risque de se disputer."

Moi, j'ai fait "Chouette ! Envois !"

Aaaah, si j'avais pu me taire.

Tout commençait bien pourtant.
Un petit week-end à la campagne.
Des amis autour d'une table.
Un jeu marrant.
Du vin qui coule.
Tout ne pouvait qu'aller bien. Forcément.
C'est fou comme il suffit d'un petit rien pour que ça bascule.
Pourquoi le repas de famille dégénère t'il en règlements de comptes?
Pourquoi la soirée animée se teinte t'elle de rancoeurs, faute d'accords politiques ?
Est-ce que ces moments sont la cristallisation de rancoeurs enfouies ?
Ou c'est juste la faute à pas de chance, ni le moment, ni l'endroit ? Ou bien les deux...
On décide donc de jouer à Scorsese et Fellini.

Les Scorsese sont les parias, les traîtres, les méchants à éliminer. Pour les Scorsese, le but du jeu sera de survivre et de tromper les gentils Fellini.
Les Fellini sont donc les gentils, qui doivent trouver et éliminer les Scorsese.
On distribue à chacun un petit papier, sur lequel est noté votre identité (Scorsese ou Fellini).
Nous étions 6. Il y avait 2 Scorsese et 4 Fellini.
Quand tout le monde a vu son identité, on range son petit papier à l'abri des regards, le soleil se couche, et nous fermons tous les yeux.
Le meneur de jeu dit : "Le soleil se lève pour les Scorsese."
Les deux méchants ouvrent discrètement les yeux, se reconnaissent et les referment.
Le meneur de jeu dit : "Le soleil se lève sur la ville."
Et à ce moment là, on enchaîne les débats, on s'accuse mutuellement, on essaye de se monter les uns contre les autres (les Scorsese devant se protéger de la manière la plus subtile qui soit).
Puis, par un vote à l'unanimité, il s'agit d'exécuter la personne visée par le vote.
Si les Scorsese se débrouillent bien, ils arrivent à survivre et gagnent donc la partie.
Si les Fellini sont perspicaces, ils arrivent à trouver les petits signes qui permettront d'éliminer les méchants.
S'ils restent 1 Fellini et 1 Scorsese à la fin du jeu, les Scorses gagnent.
Le jeu était donc animé.
Nous en étions à notre troisième partie.
J'étais contente, car à la première partie, j'étais une Fellini, et j'avais réussi à survivre et à trouver les deux méchants Scorsese.
A la deuxième partie, j'étais une Scorsese, et j'avais fait croire à ma copine que son mec était un Scorsese, car il avait sourit à tel moment, et j'avais donc gagné, en tant que méchante.
Lorsque ma pote, qu'on appellera Cristina, avait découvert que je l'avais eu en beauté, elle m'a couru après, on a tourné un moment autour du barbecue, moi, pliée en deux de rire, elle, me hurlant dessus qu'elle me détestait, que j'étais une putain d'actrice et que c'était pas juste. (J'avoue, ça m'a fait plaisir).

Mais ça restait bon enfant à ce moment là.

Et puis nous avons fait une ultime partie.
J'étais, encore une fois, une Scorsese.
Et nous avions toutes jeté notre dévolu envers le copain de Cristina, décidant de l'éliminer dés le premier tour.
Peut-être parce qu'il s'agissait du seul mec de la soirée.
Peut-être par simple jeu.
Quoi qu'il en soit, nous étions 4 à voter contre lui.
Seule Cristina refusait catégoriquement de l'éliminer.
J'ai dit aux autres que c'était louche qu'elle le protège de cette manière (même si je savais que tous les deux étaient gentils), et que ça devait être deux traîtres.
Du coup, les autres filles disaient à Cristina : "Pour nous prouver ta bonne foi, tu dois l'éliminer."
Et boum.

Phrase de trop?
Pression trop forte?
Trop de tout?
Ma faute, peut-être?
Cristina est "sortie du jeu", s'énervant (pour de vrai, car nous jouions jusque là l'énervement et la mauvaise foi), disant que nous la forcions, qu'elle en avait marre, que nous l'emmerdions, en gros, et qu'elle voulait arrêter de jouer.
Nous commencions à lui dire, calmement :
"Oooo, c'est un jeu ! T'énerves pas ! C'était juste dans le jeu ! On te force à rien !"
Mais une des copines n'a pas accepté cette montée d'adrénaline, et s'est levée de table en disant
"Tu fais chier Cristina, avec tes sautes d'humeur. C'est juste un jeu, merde."
Là, Christina s'est levée à son tour, devant nos yeux médusés par ce revirement de situation qui s'est produit à la vitesse de la lumière et a dit un truc du genre :
"Non mais vous m'avez saoulé ! J'ai le droit de ne pas accepter ça !"
Et elle est partie au fond du jardin, en pleurant.
Son copain est allée la chercher, on l'entendait crier des
"Mais lâche moi putain ! Laisse moi tranquille."
Et notre autre copine râlait contre elle, faisant rageusement la vaisselle.

....

Le problème, c'est que j'étais un tant soi peu bourrée comme un coing.
Peut être que je ne me suis pas rendue compte que nous étions allée trop loin.
Peut être que certaines personnes sont plus sensibles, et que le martèlement psychologique est trop insupportable pour eux, même s'il ne s'agit que d'un jeu.
Peut être qu'elle est aussi légèrement capricieuse, et qu'elle n'a pas supporté que les choses ne se passent pas comme elle le souhaitait. Ou mauvaise joueuse tout simplement.

2 heures plus tard, elle était toujours cachée au fond du jardin, en larmes.
Je suis allée lui amener un morceau de papier toilette, pour qu'elle se mouche (rupture de mouchoirs).
Et je ne savais absolument pas quoi lui dire.
Parce que si je lui sortais "C'est bon, c'est qu'un jeu.", étant donné l'état de stress dans lequel elle était, je pense qu'elle aurait pu me fourrer le papier cul dans la bouche.

Elle est allée se coucher lorsque tout le monde dormait, parce qu'elle avait trop honte de nous voir (je pense). Impossible de la faire revenir avec nous.

Le problème, c'est que le lendemain matin, elle n'a parlé à personne, faisant une tronche de 10 mètres de long.
Là je me suis dit que ça allait trop loin.
Et quand je suis partie, elle ne m'a même pas dit au revoir.

ça m'a fait réfléchir tout ça.
Je me suis sincèrement demandé si ce jeu de merde pouvait remettre notre amitié en cause. Si même nous étions réellement amies.
J'ai appris par la suite que la copine rageuse qui a fait la vaisselle était allée vers elle, l'avait prise dans ses bras et que ça s'était arrangé.
Mais Cristina ne s'est pas excusée. Et je n'ai aucune nouvelle d'elle.

Voilà toute l'histoire.

Se froisser pour un jeu, dans un jeu, je trouve ça triste.

Quand même.

4 commentaires:

Cédric a dit…

Mais les jeux, comme la Comédie, sont avant tout des simulations de Vie.

Un jeu ne reste "qu'un jeu" (bon enfant, comme tu dis) quand tous les participants sont dans l'état d'esprit qui convient, à savoir bannir toute notion de compétition et (donc) de lutte . Mais il ne faut pas grand chose pour basculer vers cette compétition. C'est alors qu'on retrouve tout plein de mécanismes ancestraux et tellement plaisants.
Par exemple, "l'union fait la force" : coalition des 4 filles pour éliminer le mec.
Et puis vouloir imposer sa volonté en forçant Cristina à éliminer son copain, c'est un plaisir assez sadique mais tellement bon.
D'autant plus qu'avec toutes les astuces que la nature a développées pour renforcer les liens au sein d'un couple, c'est grave jouissif d'arriver à casser toutes ces protections.

La réaction de Cristina s'est juste inscrite dans cette continuité. Je ne l'excuse pas. Si elle avait agit intelligemment, elle n'aurait pas réagit comme cela.
Mais tout le monde a joué son rôle, et l'histoire s'est finie comme souvent.

Vu le sentiment de culpabilité latente qui ressort de ton texte, je crois que tu as aussi pensé à cette vision des choses après coup.
Et tes conclusions sont assez justes (à mon avis). A savoir :
1) Se froisser pour un jeu, c'est triste. Mais ça arrive souvent, parce qu'il y a autre chose derrière le jeu. Faut pas l'oublier et agir en conséquence.
2) Etes-vous réellement amies ? (la bonne nouvelle étant que si tu ne te posais pas la question, la réponse serait automatiquement "non". Comme tu te la poses, il y au moins de l'espoir :-)


J'espère que mon comm ne donne pas l'impression que j'ai pris parti pour l'une ou l'autre. Pour moi, les "torts" (si on considère qu'il y en a, parce que ça aussi ce serait sujet à discution) sont partagés et je voulais juste donner un avis plus global sur la situation (pour ceux qui n'auraient pas compris, si j'ai tant à dire sur le sujet, c'est parce que j'ai une certaine expérience personnelle de la chose. Et on ne peut pas dire que j'ai agi plus intelligemment que d'autres par le passé).


Et pour finir, me vient le souvenir d'une citation de Werber : "les animaux se battent parce que c'est le jeu dont les règles sont les plus simples."

cocolamouk a dit…

Mouais... Perso, j'ai un peu du mal à comprendre. Par exemple, quand on joue à Loup-Garou et qu'on se ligue contre vince et maitena, jamais c'est partis en cacahuète...
Je pense pas que tu doit te sentir culpabilisé, elle as fait son caca nerveu et aprés comme elle se sentais le cul merdeux elle a préférer faire la tronche et réster sur ses positions.
Il a l'air cool ce jeu en tout cas.

liliiom a dit…

Cédric : Waouh... Tu as gagné le prix du plus long et non moins intéressant commentaire. Félicitation!
Je te suis à 100% lorsque tu dis que les jeux sont des simulations de vie.
Et j'aime bien le mot simulation.
Parce que c'est bien de ça dont il s'agit.
C'est pour ça que je ne comprends pas les mauvais joueurs, ce qui deviennent fous quand ils perdent une partie.
Mais je n'aime pas non plus ce qui règlent leur compte en jeu, et qui l'utilise pour faire ressortir plein de choses pas trés jolies.
Enfin bref, je crois qu'on s'est tous retrouvé à un moment dans cette situation.
Sympa la citation de Werber..(Bernard?)

Coco : C'est marrant que tu parles du loup garou, car ça y ressemble vachement en fait. Aprés, ça dépend des gens. Je fais la comparaison avec les GN, mais je suis sûre qu'on connaît des gens qui ne pourraient pas y participer : mauvaise foi, ou tendance à mélanger la réalité et le jeu..

Cédric a dit…

C'est le 2ème concours que je gagne sur ce blog. Trop cool.

Je crois qu'on est d'accord pour dire que les mauvais joueurs (et ceux qui règlent leurs comptes en jeu) ont choisi de prendre le jeu pour plus qu'il ne devrait être.

Pour Werber, oui c'est bien Bernard. En même temps je n'en connais pas d'autre :-p

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Non, jdéconne toujours hein...